Vaches rwandaises

28-12-07

La place des vaches dans la culture rwandaise

(étude réalisée en 2004 grâce à une bourse de la fondation Zellidja)



Introduction

            La plupart des Rwandais s’accordent à dire que la vache est un élément central de leur culture. Des divergences apparaissent lorsqu’il s’agit de déterminer précisément son importance, d’expliquer pourquoi elle a ce statut si particulier. Chacun au Rwanda a son idée de l’importance de la vache, sa conception de ce qu’elle représente dans la culture rwandaise. Dire qu’il y a autant d’opinions sur le sujet qu’il y a de Rwandais serait oublier le point de vue des étrangers. C’est ainsi que Jean Hatzfeld, dans
Une saison de machettes, fait des rivalités entre éleveurs Tutsis et cultivateurs Hutus l’une des motivations du génocide de 1994 : "Puisque les Hutus obtenaient de meilleures récoltes que les Tutsis, dont les troupeaux de surcroît saccageaient les plantations, il était normal que les premiers cultivent les parcelles à la place des seconds".

            C’est aussi le point de vue d’un étranger qu’on trouvera dans ce rapport. D’ailleurs, si les Rwandais considèrent leurs vaches comme un fondement immuable de leur culture, ils ont souvent trouvé saugrenu et peut-être même suspect qu’un muzungu (blanc) perde son temps à venir les étudier. Le dernier travail consacré aux vaches rwandaises est l’excellente thèse que M. Jean-Népomucène Nkurukiyimfura soutint en 1986. Toutes mes autres sources furent donc orales et j’espère trahir le moins possible dans ce rapport les paroles de tous ceux qui, au Rwanda, ont eu la patience et la gentillesse de m’aider.


            Il y a beaucoup de choses que je n’ai pas comprises. Le Rwanda est un pays d’autant plus difficile à appréhender que ses différences avec l’Europe n'apparaissent pas immédiatement ; très souvent, je n’ai pas été à la hauteur de sa complexité. Il est certains sujets que les Rwandais abordent volontiers : la dot, le mariage, les soins donnés aux bovins... D’autres ne paraissent pas moins importants mais ne font pas l’objet de révélations spontanées, et l’on ne sait jamais si c’est parce que le sujet cache un secret ou parce que la question n’a pas de sens. J’espère à présent que d’autres pourront donner des réponses aux questions que j’aurai posées, et que les Rwandais qui liront ce rapport m’aideront à le corriger et à l’améliorer.



Préambule historique

           Les sources écrites étant inexistantes pour la période précoloniale, Jean-Népomuscène Nkurkiyimfura a diffusé des questionnaires dans toutes les régions du Rwanda aux personnes âgées susceptibles de se rappeler comment la société rwandaise de l'époque concevait l'importance des vaches. Sa thèse est une mine d'information sur les rapports propriétaire-vacher et la valeur économique et culturelle des bovins jusqu'en 1958.

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Vache blanche à Nyagatare

            Dans un pays où l'écriture et la monnaie n'existaient pas, la vache avait un rôle économique capital puisqu'elle était la monnaie la plus forte qui existât. Approximativement, une vache valait de 20 à 60 houes, ou encore 8000 bracelets ubutega, ce qui est de toute façon énorme. Une vache était l'assurance d'une nourriture régulière : à partir du XIVe siècle, des troupeaux suivaient les armées qui partaient à la guerre. C'est ce qu'on a appelé par la suite les "armées bovines".

            En 1931, lorsque l'administration coloniale belge décida d'inscrire l'ethnie sur les cartes d'identité des habitants du Rwanda, l'élevage bovin fut l'un des critères. Beaucoup de Rwandais ne se considéraient ni Tutsis ni Hutus ni Twas et comme il fallait décider, on décréta parfois que ceux qui vivaient de l'élevage bovin étaient Tutsis et que les cultivateurs étaient Hutus. Ailleurs, on utilisa comme critère la taille, la forme du nez, la couleur de la peau. Il arrivait souvent qu'un Rwandais n'eût pas la même ethnie que son frère ou son père.

            L'une des données fondamentales est le système de l'ubuhake, un "clientélisme pastoral" par lequel un propriétaire (shebuja) confiait une partie de son troupeau à un client (umugaragu) en échange d'un certain nombre de services. Le rapprochement que l'on a souvent fait avec le système féodal européen est aujourd'hui critiqué par les historiens : l'ubuhake n'engageait jamais les hommes eux-mêmes et pouvait connaître des formes très diverses selon les époques, les régions ou même les contractants. L'administration coloniale tenta de fixer les règles de cette pratique et finalement, le 1er avril 1954, l'ubuhake fut aboli par un décret du Mwami (roi).

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I. Pratique de l’élevage

1. Les vaches : généralités

Province

Bovins (2004)

Butare

64 281

Byumba

51 601

Cyangugu

28 301

Gikongoro

49 906

Gisenyi

49 626

Gitarama

176 001

Kibungo

73 778

Kibuye

52 766

Kigali-Ngali

102 495

Ruhengeri

56 566

Umutara

301 252

TOTAL

1 006 573


            Selon les statistiques du Ministère de l’agriculture et de l’élevage rwandais (
Minagri), on compte au Rwanda un peu plus d’un million de bovins dont près d'un tiers se trouve dans la province d'Umutara, au nord-est du pays. La grande majorité des vaches rwandaises est issue de la race locale ankole mais dans certaines régions on voit apparaître un nombre croissant de vaches importées ( dites souvent "exotiques") ou issues de croisements entre une race locale et une race étrangère ( dites souvent "améliorées") et produisant beaucoup plus de lait.

            Le nom ankole est celui d'une région du sud de l'Ouganda (donc voisine de l'Umutara) dont les vaches seraient originaires. Le climat sec de l'Umutara est semblable à celui de l'Ankole et les vaches ankole y sont particulièrement bien adaptées. En revanche les nouvelles races importées le supportent mal et leur élevage dans ces régions, en stabulation ou en semi-stabulation, requiert des coûts élevés (eau, fourrage, soins médicaux). Bien que le Rwanda soit situé à 2° de latitude au sud de l'équateur, son altitude explique qu'il n'y fasse pas excessivement chaud et certaines régions du Rwanda accueillent plus aisément que d'autres les nouvelles races. C'est le cas, entre autres, des régions de Kibuye et de Gishwati, dont l'herbe demeure verte quand celle de l'Umutara est jaunie depuis plusieurs mois.





            
2. Les propriétaires

Qui sont-ils? 

            Une idée communément admise dans les livres sur le Rwanda est que la distinction ethnique correspond à une division agricole : les éleveurs seraient Tutsis et les cultivateurs Hutus. Une telle représentation n'est sans doute pas sans fondement.

            Au Rwanda, la vache est un objet de prestige, un signe de respectabilité et la garantie d'une stabilité sociale. Il s'ensuit naturellement que chaque personne au Rwanda qui a les moyens d'acquérir des vaches s'en procure rapidement. Les familles traditionnellement riches possèdent des vaches depuis des siècles et ceux qui s'enrichissent, par exemple grâce au commerce, en font l'acquisition. De l'Umutara à Butare en passant par Ruhengeri, il est rare d'être riche sans posséder de vache.

            Dans le Rwanda précolonial et colonial, les riches étaient en majorité des Tutsis et les possesseurs de vaches étaient par conséquent plus nombreux au sein de cette ethnie. Il a été établi que la notion d'ethnie au Rwanda n'existait pas en tant que tel avant la colonisation belge et que les critères à l'aide desquels on a déterminé l'ethnie des habitants étaient souvent variables selon les régions. La distinction ethnique a néanmoins été intériorisée au fil du temps par les Rwandais et demeure encore aujourd'hui. Mais la séparation entre Tutsis-éleveurs et Hutus-cultivateurs est-elle encore pertinente ? Nombre de Rwandais disent que non, mais comme il n'est pas possible de connaître l'ethnie d'un homme autrement qu'en la lui demandant de telles affirmations sont difficiles à vérifier. Depuis la chute de la monarchie tutsie, la victoire des partis hutus aux élections législatives de 1961, et l'indépendance, les rapports de richesse ont été nuancés. On peut imaginer qu'en presque quarante ans de pouvoir hutu il a pu exister de nombreux riches hutus, qui ne se sont pas privés d'acquérir des vaches.

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Propriétaires, vachers et vétérinaire à Gishwati

Combien de vaches ?

            Dans l'Umutara, les éleveurs possèdent entre 10 et 200 vaches, mais selon le Minagri (Ministère de l'agriculture), dans le reste du pays, chaque propriétaire possède deux à trois têtes de bétail. Il est cependant très difficile d'évaluer le nombre de vaches que possède un propriétaire parce que lui-même se refuse à le dire. Certains disent que si un propriétaire déclare 12 vaches, c'est qu'il en possède au moins 100. Mais de toute façon le propriétaire ne dit jamais qu'il a douze vaches, il dit "environ douze".

            Ce refus du dénombrement est une habitude qui a existé en d'autres lieux et à d'autres époques : il peut avoir pour but de contourner la fiscalité ou bien être lié à une superstition (ainsi ne dit-on pas le nombre de ses enfants pour éviter que la mort ou les mauvais esprit puissent les identifier). Cette réalité complique le travail des recenseurs, mais aussi des vétérinaires et des coopératives laitières.


Le propriétaire s'occupe-t-il de ses vaches? 

            Un gros propriétaire ne peut s'occuper seul de ses 150 vaches. Il paie alors des employés pour prendre soin de ses troupeaux à sa place. Mais cette pratique concerne aussi les petits propriétaires : un homme qui a fait carrière et s'est procuré quelques vaches après-coup préfère souvent prendre un employé plutôt que négliger son travail ou empêcher ses enfants d'aller à l'école afin de s'occuper de l'animal.

            Le fait que la propriété des troupeaux soit souvent familiale n'implique pas que la famille s'occupe directement des animaux. Des vachers de Gishwati n'avaient pas vu le propriétaire de leur troupeau depuis plus d'un an. Ce propriétaire vit à Ruhengeri mais son petit frère, qui habite Gisenyi, vient plus souvent. Lorsqu'il vient, il contrôle le bon état du troupeau, recueille les profits de la vente du lait et donne leur salaire aux vachers.

             Cependant, la plupart des petits propriétaires ruraux sont très attachés à leur animal et engagent rarement quelqu'un d'autre pour s'en occuper. Ils se font alors aider par leur femme et surtout par leurs enfants. Mais une vache a besoin de multiples soins : dès lors que le nombre dépasse l'unité, comment s'en occuper? Théoneste, un clerc des environs de Nyamata, possédait quatre vaches, sans toutefois posséder les terrains nécessaires à leur pâture. Ses enfants l'aidaient à s'en occuper, mais il avait surtout employé un jeune homme de vingt ans qui menait les animaux à l'abreuvoir, achetait et transportait le fourrage et s'occupait de la traite matin et soir.

            Chacun veut avoir des vaches, mais tous ne veulent pas s'en occuper. La condition paysanne fait parfois l'objet d'un certain mépris parmi les populations urbaines. Etrangement, cela n'ôte rien au prestige des vaches : ainsi Raymond, étudiant à l'Université Nationale de Butare, déclarait-il avoir envie de posséder des vaches, mais "pas pour vivre avec".


          
3. Les vachers

La fonction des vachers 

            Les vachers assurent toutes les fonctions nécessaires à l'élevage bovin : ils rassemblent les animaux, les soignent, les conduisent dans les pâturages les plus verts, les amènent à l'abreuvoir. Pour les protéger contre les voleurs, ils sont souvent aidés d'un chien. A Gishwati, il y a environ trois gardiens pour un troupeau de 60 vaches.

            La journée des vachers s'organise selon un emploi du temps que le linguiste Edouard Gasarabwe restitue à partir des dénominations des divers moments :

            - Munkoko : le chant du coq (1ère heure)

            - Entre 6h et 7h : traite du matin

            - Kugasusuruko : le réchauffement (vers 9h)

            - Mumashoka : le temps de l'abreuvoir (vers 12h)

            - Inka zikuka : les vaches quittent l'abreuvoir et vont paître

            - Vers 15h : traite du soir

            - Inyana zitaha : les veaux rentrent

            - Kiberinka : le soleil des vaches

            - Mumataha : les vaches rentrent (vers 19h)

            Quand vient l'heure de la traite, on fait venir un veau pour que la vache fasse descendre son lait dans son pis. Après avoir chassé le veau à coups de bâton, le trayeur attache les pattes postérieures de la vache avec une corde, s'accroupit et trait la vache en recueillant le lait dans un seau. Dans les fermes de l'ISAR (Institut des Sciences Agronomiques du Rwanda) et du Minadef (Ministère de la Défense) à Songa, on donne également du son de riz aux vaches pour déclencher la lactation.

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Veau à l’heure de la traite à Songa


La vie des vachers

            Un vacher passe la majeure partie de sa vie dans les pâturages. Si ces derniers ne sont pas à proximité de son habitation, il vit dans une hutte en torchis et ne retourne pas plus d'une fois par semaine dans son foyer, où vivent sa femme et ses enfants.

            Un certain vacher de Gishwati est originaire du Congo. C'est là-bas, près de Massissi, qu'il a commencé à garder les vaches. Il avait 14 ans et il n'a pas cessé jusqu'à aujourd'hui. Lorsque le propriétaire est parti avec ses vaches pour Rucyuru, toujours au Congo, il l'a suivi. Et lorsqu'il est parti pour Gishwati, il l'a encore suivi. Les vaches sont venues à pied. Parfois on les emmène en bateau, par le lac Kivu.

            Le salaire d'un vacher augmente avec son expérience. En fin de carrière, à Gishwati, il gagne environ 10 000 Frw (15€) par mois. Souvent les enfants font le même métier que leurs parents, mais ce n'est pas obligatoire. De plus en plus, les enfants vont à l'école et leur père leur laisse le choix de leur avenir.

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Habitation de vachers à Gishwati

4. Les soins donnés aux vaches

La nourriture

Une vache a besoin d'être nourrie. Dans les pâturages de Gishwati ou d'Umutara, la nourriture des vaches ne pose pas directement problème : le vacher mène les vaches aux pâturages et elles se nourrissent toutes seules. Mais le Rwanda est un pays surpeuplé et bien des propriétaires de vaches ne disposent pas des surfaces nécessaires pour nourrir leurs vaches. Souvent, ils ne disposent d'aucun pâturage propre et font alors paître leurs animaux sur les terres communes, c'est-à-dire le bord des routes. S'il s'y trouve un peu d'herbe, il n'est pas rare de voir une vache paître en pleine ville.

L'autre solution consiste à acheter du fourrage. Depuis plusieurs années l'ISAR (Institut des Sciences Agronomiques du Rwanda) développe des solutions destinées à alimenter les élevages en stabulation. Ces cultures sont assez développées dans la région de Rwamagana, où l'on peut voir au bord des routes de grandes herbes vertes destinées à être coupées puis conservées par fanage, mais sont encore assez rares dans l'Umutara. On tente aussi de développer la culture d'arbustes fourragers qui, eux aussi, nourrissent mieux les vaches et augmentent la production laitière.

Pour les vaches locales ankole, ces fourrages sont le moyen d'augmenter la production de lait, mais pour les vaches exotiques ou améliorées, ils sont vitaux. Le climat aride et l'herbe sèche de l'Umutara, que les vaches ankole supportent bien, ne permettent même pas aux exotiques de survivre.  Les vaches exotiques et améliorées (frisonne, jersey, sahiwal) sont plus grandes, donnent plus de lait mais elles mangent plus, boivent plus et requièrent plus de soins. Ainsi, selon un responsable de la ferme du Minadef, les sahiwal sont beaucoup plus agressives et agitées que les ankole et elles demandent une attention permanente.


La santé des vaches

Les soins sont aussi médicaux. Toutes les vaches ont besoin du contrôle régulier d'un vétérinaire, mais cette fois encore les exotiques et améliorées sont plus fragiles. Les frisonnes du Minadef produisent jusqu'à 25 litres de lait par jour, mais elles tombent plus souvent malades et ont plus souvent besoin de médicaments. Selon le responsable, le prix des médicaments pour les animaux est beaucoup plus élevé au Rwanda qu'en Europe. Les frisonnes tiennent le coup, mais au premier semestre de l'année 2004 plusieurs sont mortes d'une maladie indéterminée.

L'une des grandes difficultés de l'élevage bovin est l'existence des tiques. Autrefois, dans l'Umutara, on pratiquait le détiquage à la main, parfois avec l'aide d'un produit traditionnel. Aujourd'hui, on utilise un produit spécial (acaricide) qu'on applique plus ou moins régulièrement, environ deux fois par semaine. A Gishwati, le détiquage ne se fait qu'une fois toutes les deux semaines parce qu'il y a peu de tiques dans la région.

Un éleveur de l'Umutara raconte qu'autrefois, le soir, on préparait le lit pour les vaches, avec de la paille. C'était un cérémonial immuable auquel participait toute la famille. Mais aujourd'hui, les enfants vont à l'école et le père ne peut s'occuper de ces tâches tout seul, alors on ne fait plus le lit. L'hygiène requiert également des dépenses supplémentaires. Autrefois, on utilisait l'urine des vaches pour nettoyer les ustensiles de traite, aujourd'hui on emploie des produits spéciaux qu'il faut acheter.

 
         
5. Les noms des vaches : amazina y'inka

Noms communs

Pour décrire les vaches, la langue kinyarwanda dispose d'un vocabulaire riche et précis. En 1930, le père Delmas recense à la cour du mwami quatre grandes espèces de vaches :

- les inyambo sont réservées au mwami. Ce sont des vaches de grande taille, de couleur rouge. Elle sont sélectionnées et possèdent des cornes immenses et blanches.

- les ibigarama sont des vaches fortes, solides, avec des cornes de taille respectable. Elles sont appréciées des chefs.

- les inkungu n'ont pas de cornes mais sont aussi fortes que les ibigarama 

- les inkuku sont des bêtes de taille moyenne, pour les gens du commun.

Cette typologie est probablement à nuancer. Tout d'abord, elle date de 1930 et n'est plus très valable aujourd'hui. Ensuite ceux que le père Delmas appelle "gens du commun" sont déjà des gens assez riches puisqu'ils possèdent des vaches. Enfin, cette typologie ignore les critères autres que les cornes. Or la beauté de la vache est une élégance d'ensemble pour laquelle les cornes ont une grande importance mais ne constituent pas l'unique critère.

Au marché de Mbare dans l'Umutara, à une douzaine de kilomètres de Nyagatare, des marchands de vaches ont donné quelques exemples :

- rutare : une vache blanche

- ruhugo : une vache rouge (marron)

- rugondo : une vache rouge tachetée de rouge

- kibamba : une vache noir et blanche

- mukare : un taureau noir

- ruhara : une génisse noire

- inkungu : pas de cornes

- intendere : les cornes sont dirigées vers le bas

Ces dénominations diffèrent-elles de ce qui existe en français pour les vaches et les chevaux (bai, aubère, alezan)? Le système est le même mais le français ne dispose pas, à ma connaissance, de mots courants pour distinguer la couleur d'un mâle et d'une femelle, ou pour décrire la forme des cornes.


Noms propres

            L'une des spécificités de l'élevage bovin au Rwanda est de donner des noms aux vaches. Dans un troupeau, chaque vache a son nom ; on l'appelle par son nom et elle répond à l'appel. On utilise également son nom quand on lui parle ou dans la poésie pastorale. Edouard Gasarabwe, dans son ouvrage Parlons Kinyarwanda-Kirundi, donne quelques exemples de noms de vaches :

            - Ingoro y'umwogabyano : Palais de la beauté

            - Inshongore : L'Elégante

            - Inyubahiro : La Vénérable

            - Mirindi : Pas Cadencés

            - Rwiyamilira : La Déclamatrice

            - Rukaruruka : La Tonitruante


            - Rumenerangabo : La Casseuse des boucliers ennemis

            - Rwabizamphunzi : Celle qui fait mugir les fuyards

            - Mukuru w'inkuba : Fille aînée de la foudre

            Les veaux et les bœufs n'ont pas de nom. Seuls sont dignes d'être "nommés" le taureau confirmé et la génisse primipare. C'est lorsque la vache met bas que le vacher lui donne son nom. Il choisit le nom en fonction des qualités particulières de la vache, mais aussi de sa généalogie. On en trouve des exemples à Gishwati où une mère s'appelle Ruhirwa. Sa fille, en souvenir d'elle, a été nommée Rudahunga. Dans un autre paddock, l'une s'appelle Indekwe (bouclier) et sa fille Rukaragandekwe (celle qui sait manier le bouclier).se

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Garçon vacher de l'Umutara

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II. La valeur des vaches


            
1. La valeur économique

Le prix d'une vache

            Dans le Rwanda ancien, une belle vache pouvait valoir jusqu'à 15 000 bracelets ubutega. Aujourd'hui, le prix peut aller jusqu'à 1 000 000 Frw (1 500 €) pour une vache exotique mais ne dépasse pas les 200 000 Frw (300 €) pour la plus belle des ankole.

            Une telle disproportion est due au fait que le prix dépend largement de la production laitière d'une vache : une ankole donne environ cinq fois moins de lait qu'une vache exotique.


L'élevage est-il rentable?

            Les vaches ankole sont peu coûteuses mais donnent peu de lait. Les vaches exotiques ou améliorées donnent plus de lait mais coûtent très cher. Le caractère rentable ou pas de l'élevage bovin rwandais est l'objet d'opinions contradictoires.

            Selon le Minagri la vache a une grande valeur à cause de son lait : le lait est un aliment de luxe qui suffit presque à nourrir un homme. C'est d'ailleurs la production laitière qui est privilégie aux dépens de la viande dont l'importance est très secondaire. Le lait se vend cher et même si l'élevage coûte cher le propriétaire s'y retrouve toujours. La vache est un élément de prestige mais aussi de stabilité sociale : si quelque problème survient, on peut toujours vendre une vache.

Le fils d'un propriétaire de vaches de la région de Nyamata conteste cette assertion. Selon lui les vaches coûtent beaucoup de temps, d'énergie et d'argent. Son père ("le vieux") est un négociant important de Kigali mais possède une ferme à 30km au sud de Kigali, sur les rives du fleuve Nyabarongo, où il élève des vaches améliorées. Souvent on l'appelle parce qu'une de ses vaches ne va pas bien ; il quitte alors toutes ses affaires pour se rendre dans sa ferme. L'élevage est un gouffre financier mais "le vieux" y est très attaché pour des raisons sentimentales.

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Vaches attroupées pour la traite à Gishwati


         
2. La vache comme volonté et comme représentation

Une valeur affective caduque?

                        Lorsque les Rwandais parlent du lien affectif qui lie un éleveur et sa vache, ils sont souvent enthousiastes mais ils semblent également penser que ce lien est à peu près mort aujourd'hui, tué par le goût pour la productivité.

                        Lorsque les Rwandais parlent du lien affectif qui lie un éleveur et sa vache, leur propos oscille entre l'enthousiasme et le regret. Selon M. Zimulinda, vétérinaire à Nyagatare, il existait autrefois un grand lien entre la vache et l'éleveur, un "grand signe d'amour" qui dépassait la valeur économique de la vache. Est-ce à dire qu'il n'en est plus de même aujourd'hui?

Les éleveurs reconnaissent que la production laitière est importante. En a-t-il jamais été autrement? Il semble que les éleveurs d'aujourd'hui parviennent assez bien à concilier les considérations esthétiques avec les exigences de production. Les vachers de Gishwati expliquent que leur préférence pour telle ou telle vache à l'intérieur d'un troupeau correspond à plusieurs critères à la fois : la fertilité d'une vache, sa production laitière, mais aussi et surtout son comportement général. Les qualités d'une bonne vache peuvent être son obéissance, sa douceur, ses "bonnes mœurs", son aptitude à s'adapter aux conditions climatiques et alimentaires, mais aussi sa capacité à guider les autres. L'un des grands avantages des
ankole sur les vaches exotiques ou améliorées est qu'en cas de guerre, si l'on est obligé de fuir, on peut prendre ses vaches avec soi sur la route. Des vaches améliorées ne supporteraient pas le voyage et mourraient.

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Troupeau d’ankole dans l’Umutara



La mort de la vache

En général, une vache ne meurt pas : quand elle cesse de donner assez de lait, c'est-à-dire à l'âge de 12 ou 13 ans, elle est abattue et vendue à la boucherie. C'est le principe de la vache de réforme qui prévaut également en Europe.

Comme en Europe, la législation rwandaise interdit de livrer à la consommation les animaux morts naturellement. Selon le fils de l'éleveur de Nyamata, si la vache est morte d'une maladie contagieuse, on la brûle complètement jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des cendres. Dans les autres cas on l'enfoui, mais il existe toujours le risque que les paysans aillent la déterrer. "Peut-être que beaucoup de paysans sont morts après avoir mangé la viande d'une vache malade enterrée", ajoute-t-il.

            Le docteur Alphonse, directeur de l'élevage au Minagri, souligne la difficulté d'abattre les troupeaux lorsque surviennent des épidémies. En juin 2004, dans la région de Butare (province du sud), une épidémie de fièvre aphteuse a posé beaucoup de problèmes : les élevages ont été mis en quarantaine, on a pris des mesures sanitaires supplémentaires, mais on n'a pas pu abattre les troupeaux. Quand une vache meurt, l'éleveur et sa famille sont malheureux, et pas seulement à cause de l'argent. Les Congolais, mauvaises langues, disent que quand une vache meurt le Rwandais pleure plus que quand une personne meurt.

            3. La beauté de la vache

Les cornes

            Les livres que les Européens ont écrits à propos du Rwanda s'accordent pour dire que la beauté d'une vache dépend surtout de ses cornes. Selon les Rwandais, les cornes participent surtout d'une élégance générale. Elles ne sont qu'un élément parmi d'autres.

            Les livres européens disent également que pour recevoir la préférence des Rwandais les cornes d'une vache doivent être grandes et en forme de croissants de lune. Là encore, les choses ne sont pas aussi simples. Un pasteur pentecôtiste du marché au bétail de Mbare explique que cela dépend des goûts, des préférences personnelles : comme pour les femmes, chacun a ses préférences. Il reconnaît cependant qu'eux préfèrent les cornes en croissants de lune.  De qui parle-t-il? Des Rwandais? Des marchands de l'Umutara? De lui et de ses amis? Interrogé sur les raisons de leur préférence, il répond : "C'est notre culture". Un vacher de Gishwati dit que "les vaches sans cornes sont à la mode, même si anciennement les cornes étaient appréciées". Lui aime les cornes, mais pas trop grandes, et plutôt dirigées vers l'extérieur.

            Si on accorde aux cornes une importance particulière, c'est sans doute d'abord pour deux raisons. Non seulement leur taille et leur forme variables en font un élément fort de diversité bovine, mais elles occupent une place particulière dans le corps de la vache : au dessus de leur visage, comme une couronne, d'une matière et d'une couleur différente du reste de l'animal, elles ont quelque chose d'incongru qui fait qu'on les remarque plus. Jack, un enfant de Nyagatare, donne une autre explication. Interrogé sur l'utilité des cornes, il répond : "pour se battre". Les vaches ankole ne semblent pas particulièrement enclines à se battre : les vachers qui se sont occupés de vaches exotiques ou améliorées louent le caractère serein et paisible de la race locale et mêmes les concours bovins du Rwanda ancien semblent avoir été composés d'épreuves de beauté et de poésie pastorale plutôt que de combats de taureaux. On peut néanmoins penser au symbole de puissance virile que peuvent représenter les longues cornes d'une vache.

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Vache de l’Umutara

   
            Les inyambo

            Dans le Rwanda des bami (rois), les Inyambo étaient des vaches réservées au roi, sélectionnées pour leurs cornes particulièrement gigantesques. Les avis divergent lorsqu'il s'agit de dire si elles existent toujours ou non. Pour M. Zimulinda, le pouvoir hutu en place depuis 1961 a cherché à les éliminer pour effacer de la culture Rwandaise une trace gênante du prestige des bami et les dernières inyambo ont été tuées lors du génocide de 1994. D'autres – peut-être simplement parce qu'ils assimilent les inyambo à des vaches pourvues de très grandes cornes – disent qu'il en reste encore en Ouganda et en à certains endroits du Rwanda, à Butare ou dans le Bugesera.

            Des photographies de l'époque coloniale montrent que les inyambo possédaient effectivement des cornes gigantesques. Elles avaient fait l'objet pendant plusieurs siècles d'une sélection eugéniste et les dernières ployaient la tête sous le poids de leurs cornes. Mais dans le domaine de la longueur des cornes, certaines vaches de l'Umutara semblent en mesure de soutenir la comparaison.

            Dans le cas des inyambo, c'est réellement la taille et la forme des cornes qui prime. Bien sûr les inyambo sont grandes, fortes et bien nourries, mais leur production laitière n'entre pas en ligne de compte puisque boire leur lait était interdit. Selon la légende, les inyambo vivaient autrefois dans un royaume du nord, dans l'actuel Ouganda.  Le jour où, en buvant leur lait, le roi de ce pays mourut subitement, on les chassa du royaume. Elles accomplirent alors un long périple et à chaque fois qu'elles s'arrêtaient dans un pays, leur lait en tuait le roi. Le mwami du Rwanda avait eu vent de ce désastre et lorsque les inyambo parvinrent dans son royaume, il les accueillit avec bienveillance mais jura de ne jamais boire leur lait.


Inka nziza : "Une élégance d'ensemble"

            Outre les cornes, la beauté de la vache peut être analysée selon plusieurs critères. Tout d'abord, on préfèrera souvent une vache grasse et bien nourrie à une vache dont les côtes sont apparentes. C'est aussi pour cette raison que les vaches se vendent plus cher pendant la saison des pluies que pendant la saison sèche, "saison de vache maigre".

            La couleur de la robe est également importante mais sur ce point chacun peut avoir sa préférence. A Mbare par exemple, un jeune marchand de vaches disait aimer surtout les vaches noires (umukara et ruhara) tandis que son collègue et ami, Jean-Claude, préférait les rouges (ibihogo).

            L'élégance d'une vache tient aussi à son allure lorsqu'elle avance : une démarche noble et altière peut être particulièrement appréciée. Selon Paulin et Raymond, étudiants à Butare, un garçon peut faire un compliment à une jeune fille en lui disant qu'elle marche comme une belle vache. Il peut aussi lui dire qu'elle a le regard ou la fierté d'une vache.


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III. La vache et dix millions de Rwandais

            Si les vaches possèdent une grande valeur affective et économique pour ceux qui les possèdent et pour ceux qui s'en occupent, elles s'imposent également à l'ensemble de la population rwandaise par leur présence, fugitive ou écrasante, à tous les niveaux de la culture nationale.

 
         
1. Les bovins en kinyarwanda

Le langage courant

            La langue kinyarwanda abonde en expressions faisant intervenir les bovins. C'est aussi le cas en français ("mettre la charrue avant les bœufs", "qui vole un bœuf vole un bœuf") mais en kinyarwanda la vache est présente dans des expressions de politesse presque courantes. Une salutation traditionnelle est "Amashyo". Le mot amashyo est le pluriel de ishyo qui signifie "troupeau". Celui qui dit amashyo souhaite à son interlocuteur "beaucoup de troupeaux". Il se voit répondre "Amashyo n'gore", c'est-à-dire "Beaucoup de troupeaux avec des femelles". Du taureau et de la vache, c'est la femelle qui est la plus appréciée parce qu'elle peut mettre bas et qu'elle donne du lait. L'ISAR tente de mettre en place un système de sélection des embryons avant insémination artificielle qui permettrait de donner naissance à plus de génisses que de veaux.

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Vache « intendere » à Nyagatare



Les proverbes

Outre les expressions courantes, le kinyarwanda dispose d'une grande quantité de proverbes et de dictons qui mettent en scène les vaches et dont Jean-Népomuscène Nkurikiyimfura donné une centaine d'exemples :

- Uhanuza cyane ugakenesha nyirinka = quand tu demandes trop sur un troupeau, tu éveilles les soupçons du propriétaire.

- Amata ukamiye umugore uba uyamennye = Le lait que tu trais pour une femme, c'est comme si tu le versais par terre.

- Imana ikunanurira ita kweretse ilebe = Dieu te fournit du lait sans te montrer son pis.

- Aho imfizi irindirije nihoyimiriza = Quand le taureau veut saillir une vache, il le fait sans attendre.

            

2. La dot : inkwano

La pratique de la dot

Contrairement à la tradition française, où c'était le père de la jeune fille qui devait fournir la dot au jeune couple, ce que les Rwandais appellent inkwano est un cadeau que le jeune homme doit faire aux parents de sa promise. S'agit-il d'acheter la jeune fille à sa famille ? En réalité, il semble que la dot ne soit pas obligatoire : selon M. Bushayija-Bugabo elle est un symbole de la validation de la patrilinéarité. Si l'homme n'a pas versé la dot à sa belle famille et que les époux se séparent, les enfants reviendront à la femme et à sa famille. Si au contraire il a donné la dot, il pourra garder ses enfants. Ne s'agit-il pas alors d'acheter ses enfants?

Dans la pratique, les choses sont plus compliquées, moins schématiques. Ainsi, alors qu'il arrive souvent que le jeune homme ne fournisse pas la dot le jour du mariage mais quelques années plus tard, dans la région de Ruhengeri, la dot est obligatoire et elle est souvent d'une grande valeur. Les Rwandais des autres régions disent qu'à Ruhengeri on achète véritablement la jeune fille et que pour ses parents l'inkwano est le remboursement de tout ce qu'a coûté la jeune fille depuis son enfance : nourriture, soins, éducation, instruction, etc.


Une vache comme dot

            Donner en dot une ou plusieurs vaches est, encore aujourd'hui, une pratique très courante et si l'homme ne donne pas une vache mais de l'argent, on dit quand même que c'est une vache. Or les cérémonies de mariage au Rwanda peuvent durer plusieurs semaines et elles multiplient les discours prononcés par les personnages importants des deux familles. Dans ces discours, lorsque le locuteur parle de la dot, il parle toujours de vaches, si bien que les vaches tiennent une place très importante pendant toute la durée des cérémonies. De telles pratiques valent surtout pour les familles aisées. La majorité des Rwandais ne possède pas de vache et n'est pas en mesure de fournir une dot de ce prix.

            En général, la vache donnée en inkwano est une femelle. Son premier-né sera offert par les parents de la mariée au jeune couple. Cela montre que la valeur symbolique du cadeau prime la valeur économique. En effet, une vache offerte est considérée par beaucoup comme un lien éternel entre deux familles ou deux amis.


La vache comme cadeau

Selon M. Zimulinda, la vache est aussi un puissant signe d'amitié. Si un Rwandais veut faire un cadeau à un ami, une vache de 5000 Frw sera plus appréciée qu'une voiture de 10 000 000 Frw. De même, quelqu'un qui veut montrer son amitié offrira toujours une vache ; et lorsque un éleveur a perdu ses animaux, son entourage s'associe pour l'aider à reconstituer son troupeau.

            

3. Les interdits : imiziro 

L'élevage bovin et la consommation de ses produits respectent un grand nombre de coutumes. Parfois ces coutumes ont pour but la répartition équilibrée des tâches au sein du ménage, parfois elles répondent à des préoccupations hygiénistes ou à des logiques économiques. Mais il arrive aussi que la signification exacte ait été oubliée mais que la pratique subsiste.


Le nombre de vaches

L'une de ces coutumes est problématique parce qu'elle s'oppose au recensement des bêtes et constitue parfois un obstacle aux soins vétérinaires : il s'agit de l'habitude de ne pas dire le nombre de vaches que l'on possède. Même un petit éleveur ne dit jamais "J'ai cinq vaches" mais "J'en ai environ trois". Edouard Gasarabwe explique dans son livre que les Rwandais ont coutume de ne jamais dire tout haut combien d'enfants ils possèdent parce que cela risque d'attirer les mauvais esprits sur les enfants. On peut imaginer qu'il en soit de même pour le bétail. Selon le directeur de l'élevage au Minagri, une telle tradition répond à une préoccupation beaucoup moins spirituelle : l'impôt.  Entre 1962 et 1994 le pouvoir cherchait à limiter et à décourager l'élevage bovin et avait fixé des taxes importantes. L'impôt sur le bétail n'existe plus depuis cinq ans mais les éleveurs craignent toujours qu'il soit rétabli. Il existe en outre d'autres circonstances où l'on paie en fonction du nombre de vaches, notamment la location d'une place au marché.

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Environ trois vaches dans l’Umutara





Les interdits alimentaires

La consommation du lait de vache va de pair avec le respect d'un grand nombre de règles qui contribuent à donner au lait un caractère sacré.

Boire du lait en même temps qu'on mange de la viande risque d'affecter les vaches et de réduire leur production laitière. De la même façon, boire du lait après avoir mangé du poisson risque d'exterminer les vaches. Il est possible que cette coutume soit l'expression de préoccupations hygiénistes et on note qu'elle rappelle fortement à la loi de l'Ancien Testament qui recommande de ne pas faire cuire l'agneau dans le lait de sa mère.

            On ne boit pas du lait debout et on ne refuse jamais du lait offert. Ici, il s'agit sans doute simplement d'une marque de respect vis-à-vis de l'amitié que témoigne celui qui offre le lait.

            Dans le Rwanda ancien, il existait d'autres coutumes plus localisées. Dans le clan Basinga par exemple, il était interdit de posséder une vache dont la robe ne fût pas monochrome.

            D'autres interdits concernent particulièrement les femmes mariées. Celles-ci n'ont pas le droit de traire ni de baratter dans l'obscurité. Ces règles peuvent peut-être s'expliquer métaphoriquement par une interdiction faite à la femme de s'approprier des caractéristiques de leur mari.

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Jeune fille posant à côté d’une vache à Nyagatare



            
4. Les femmes et les vaches

            Jusqu'en 1994, il était assez rare que des femmes possédassent des vaches et s'en occupent elles-mêmes. Mais le génocide de 1994 a surtout touché les hommes et de nombreuses veuves se sont vues obligées de poursuivre l'élevage sans leur mari. Pélagie, étudiante en troisième année à l'Université de Goma au Congo, explique que souvent, si un homme meurt, sa femme préfère vendre les vaches pour acheter des chèvres. Il est très fatigant d'élever une vache : elle a besoin de soins, de nourriture et il faut être capable de la mener au bâton et de la rattraper si elle cherche à s'enfuir. On peut toujours attacher une chèvre à un arbre pour qu'elle broute l'herbe autour d'elle, mais on ne peut pas laisser une vache sans surveillance.

            C'est également pour ce type de raisons qu'à l'intérieur d'un ménage rwandais la femme ne participe pas à l'élevage proprement dit. Au lieu de cela, elle s'occupe des travaux de la maison et tient un grand rôle dans la transformation et la vente des produits de l'élevage. Tandis que l'homme trait, garde les vaches, enlève les tiques et mène les vaches à l'abreuvoir la femme baratte le lait pour faire du beurre, elle vend le lait ou le sert : la qualité du lait offert par une femme à un homme peut indiquer ses dispositions à son égard. Cette répartition des tâches est illustrée par la cérémonie de mariage, à l'occasion de laquelle on donne une lance à l'homme et une baratte à la femme.

            Les jeunes filles peuvent traire les vaches, mais dès qu'elles sont mariées cela leur est interdit. Dans le Rwanda ancien, il existait un rite de préparation au mariage nommé gukama (traire) pendant lequel la femme disait "imyaka igihumbi ntakama" ("Mille ans sans que je traie"). Aujourd'hui encore, boire le lait tiré par une femme est dangereux, sale. Cependant, ces coutumes se font plus faibles et tendent à disparaître.


            
5. La religion et les vaches

Vaches rwandaises et vaches indiennes

On serait tenté de rapprocher le respect dont les vaches bénéficient au Rwanda de la vénération dont elles font l'objet dans des pays comme l'Inde. Mais si la vache rwandaise est très respectée, elle n'est en aucun cas sacrée. Les Rwandais disent que les Indiens "exagèrent un peu" ; eux ne se privent pas pour frapper leurs vaches à coup de bâton parfois plus que de raison.

Le respect des Rwandais pour les vaches est présenté comme naturel et modéré : "Quelque chose qui peut faire vivre un enfant aussi bien que sa mère, il faut le respecter comme une mère". Les Congolais se moquent souvent de l'attachement puéril des Rwandais à des bovins. De manière étonnante, il semble qu'on ne trouve dans les traditions du Rwanda ancien aucune divinisation de la vache comme on a pu en constater en Inde ou en Egypte. Hathor, la déesse-vache du panthéon égyptien, porte le disque solaire entre deux larges cornes qui ne sont pas sans rappeler celles des ankole du Rwanda. Certains disent d'ailleurs que les vaches ankole seraient venues d'Egypte et une théorie linguistique affirme que le vocable kinyarwanda inka (vache) serait venu de Perse en passant par l'Egypte.


Le christianisme et les vaches

            L'absence de divinités bovines au Rwanda a permis à l'élevage bovin de survivre à l'implantation du christianisme. Les missionnaires du début du XXe siècle ne semblent pas avoir considéré l'amour des Rwandais pour leurs vaches comme un danger pour l'amour qu'ils devaient porter à Dieu et à leur prochain. Il existait tout de même dans le Rwanda ancien des fêtes et des cérémonies où les vaches étaient très présentes. Mais si ces fêtes ont été rapidement supprimées, c'est moins à cause des vaches que parce qu'elles s'accompagnaient de pratiques sexuelles contraires au dogme chrétien.

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Vache broutant l’herbe sèche de l’Umutara



            
6. La poésie pastorale 

Les chants des vachers

Avant 1895, la "découverte" du Rwanda par le comte Gustav Adolf von Götzen et la colonisation par les Allemands, l'écriture n'était pas utilisée au Rwanda. Le Rwanda ancien connaissait une forme de littérature orale singulière connue sous le nom de poésie pastorale. Il s'agissait des poèmes que les vachers chantaient le soir en ramenant leurs animaux du pâturage ou à l'occasion des concours et dans lesquels ils louaient la beauté, la force et la puissance de leurs vaches.

Cette poésie est aujourd'hui tombée en désuétude et seuls quelques vieux vachers la chantent encore. On organise encore des soirées spéciales à la radio avec des hommes qui chantent et les vaches qui leur répondent. On peut également en écouter lors de manifestations culturelles ou de cérémonies nationales.


L'Agrishow

            L'Agrishow est une manifestation organisée depuis deux ans par le gouvernement rwandais sur le modèle des salons de l'agriculture européens. C'est l'occasion à la fois pour les éleveurs d'exposer leurs meilleures bêtes et pour les autorités d'expliquer aux éleveurs les possibilités de modernisation. Lors de cet événement, on trouve de nombreux animaux (ânes, chèvres, porcs,…) mais c'est toujours devant les stands bovins que les visiteurs se pressent le plus.

            A l'occasion de l'Agrishow de 2004, on avait organisé la reconstitution de chants de cérémonie du Rwanda ancien (kubiukurotsa). Lorsque le président Paul Kagame a visité le salon, il s'est arrêté quelques minutes devant chaque stand pour féliciter les agriculteurs ; parvenu au stand de la poésie pastorale, il s'est arrêté pour écouter. Cela a duré plusieurs minutes, puis un quart d'heure, et finalement le président a passé une heure entière à écouter la poésie pastorale.


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IV. Les vaches et la politique

            L'agriculture occupant une place prépondérante dans l'économie rwandaise, l'Etat rwandais accorde une grande importance à l'élevage bovin et à la production laitière, dont il a fixé les objectifs pour les années à venir.


            
1. Le manque de terres 

Les pâturages et les hommes

            L'élevage bovin rwandais est majoritairement extensif ; il doit donc, pour être rentable, disposer de grands espaces. Pour chaque région du Rwanda l'ISAR a calculé la capacité de charge, c'est-à-dire le nombre de têtes de bétail que peut supporter un pâturage sans se détériorer, le bétail devant rester en bon état d’entretien, voire prendre du poids ou produire du lait pendant son séjour sur le pâturage. Dans l'Umutara, la capacité de charge varie entre 0,5 et 2 vaches par hectare et par an.

            Depuis longtemps le Rwanda connaît des problèmes de population. La densité de sa population, 315,4 habitants par km2, est la plus élevée du continent africain et le manque de parcelles fut l'un des éléments de conflit qui précipitèrent le génocide. Dans Une saison de machettes, un génocidaire explique : "Ce sont les vaches et les parcelles qui devançaient ces jalousies d’allure. Surtout les vaches, parce que les Tutsis avaient l’habitude de les attrouper de façon qu’on ne puisse plus dénombrer celles des uns et des autres."

            La population s'est encore accrue depuis 1994 avec le retour au Rwanda de centaines de milliers de personnes dont les familles étaient réfugiées à l'étranger, parfois depuis ces décennies. Les défrichements entrepris pour donner des terres à ceux qui n'en avaient pas ont aggravé les problèmes de fourniture en bois : l'immense majorité de la consommation d'énergie rwandaise est assurée par le charbon de bois et seuls 7% du territoire sont encore boisés. Les Rwandais envient le voisin congolais qui possède des centaines de km2 de prairies et de forêts.


La nécessaire modernisation de l'élevage

            L'augmentation de la population et la redistribution des terres qui l'accompagne ne permettent plus aux éleveurs de posséder autant de vaches qu'autrefois. Malgré cela, le nombre de vaches continue de croître : bien que 80% du cheptel ait été exterminé pendant le génocide, l'afflux massif de bovins venus de l'extérieur avec les réfugiés a contribué à rétablir la situation. En 1994, on comptait au Rwanda un peu moins de 600 000 têtes ; aujourd'hui, ce chiffre a doublé.

            Le gouvernement tente de convaincre les éleveurs de se diriger vers l'élevage intensif, de privilégier et de subventionner l'élevage en stabulation ou en semi-stabulation. La semi-stabulation, qui permet aux bovins de paître deux ou trois heures par jour à l'extérieur, présente l'avantage de conserver leur utilité aux pâturages traditionnels tout en augmentant leur capacité de charge. Elle a été développée avec succès dans la région de Kigali et à l'est du Rwanda mais le climat et la taille des exploitations rendent leur implantation plus difficile dans l'Umutara, la région de Kibungo et le Bugesera.

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Une vache « exotique » dans une ferme sur le Nyabarongo



            
2. Les produits de l'élevage bovin

Le lait

            L'élevage intensif est surtout rendu nécessaire par les besoins en lait de la population rwandaise. La production laitière entre janvier et juin 2004 était de 67 088 tonnes alors qu'on évalue la demande à 400 000 tonnes. Selon le Minagri, l'augmentation de la production et la gestion de son acheminement vers les villes par des coopératives, permettraient d'en réduire considérablement le prix. Aujourd'hui, un litre de lait coûte 100 Frw (0,15 €) dans l'Umutara et 250 Frw (0,37 €) à Kigali.

            Le lait est encore trop cher pour les Rwandais mais aux dires des nutritionnistes c'est un aliment protéiné et sa production à moindre coût est facilement envisageable. C'est pour cette raison que l'objectif avoué du gouvernement est de diriger l'élevage bovin vers la production de lait et non vers la production de viande.

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La traite du soir dans la ferme de l’ISAR à Songa



Les produits secondaires

Les autres produits de l'élevage bovin n'ont qu'une importance mineure. Le travail du cuir de vache se pratiquait autrefois pour la confection de vêtements mais il ne semble pas qu'il soit très développé aujourd'hui.

Certains affirment que l'utilisation de l'urine de vaches comme antiseptique n'est plus pratiquée aujourd'hui. Selon les vachers de Gishwati, cela fait une quinzaine d'année que ces pratiques ont disparu.

La bouse de vache est utilisée pour recouvrir l'intérieur des maisons, surtout dans l’Umutara et Gishwati. Elle est aussi utilisée pour la fertilisation des champs chez les fermiers. Toujours selon les vachers de Gishwati, elle n'est pas recueillie directement au pâturage : si l'on en a besoin, on fait venir une vache près de la maison.


            
3. Le programme d’amélioration génétique bovine

Les ankole et les exotiques

            L'objectif principal de l'élevage bovin rwandais en 2004 est l'augmentation de la production de lait. Or les ankole de l'Umutara donnent approximativement 3 litres de lait par jour pendant la saison sèche et 5 litres par jour pendant la saison des pluies, tandis que les vaches européennes (frisonne, jersey) fournissent à leur propriétaire entre 25 et 30 litres de lait par jour.

            Cependant les vaches exotiques supportent mal les conditions naturelles du Rwanda, même en semi-stabulation. Leur résistance aux variations climatiques saisonnières et leur capacité d'adaptation lors d'un changement de milieu sont moindres et elles sont plus vulnérables aux tiques et aux maladies contagieuses.

            La solution qui a été trouvée par l'ISAR il y a vingt ans est de donner naissance à une race nouvelle qui conjuguerait la résistance des ankole et les capacités de production des vaches exotiques.


L'amélioration génétique

            M. Nubuhoro Nkundakozera, chef du Centre d'Amélioration Génétique de l'ISAR Songa, décrit les trois étapes de l'amélioration génétique par croisements successifs :

            1. Une vache ankole croisée avec un taureau jersey donne naissance à une première génération-fille : F1.

            ankole + jersey > F1 (50% ankole + 50% jersey)

            2. La vache de génération F1 est croisée avec un taureau sahiwal pour donner naissance à une deuxième génération-fille : F2.

        F1 + sahiwal> F2 (25% ankole + 25% jersey + 50% sahiwal) 

            3. La  vache de génération F2 est croisée avec un taureau jersey pour donner naissance à la troisième génération fille : F3.

            F2 + jersey > F3 (12,5% ankole + 25% sahiwal + 62,5% jersey)

            La vache de génération F3 réunit l'abondance de la production laitière des jersey et des sahiwal et la résistance des ankole. Ce programme a déjà été mené avec succès dans les années 1990. L'ISAR était parvenu à donner naissance à des vaches de génération F3 mais elles ont été tuées parmi d'autres pendant le génocide et il a fallu tout recommencer.

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Pancarte peinte à Gisenyi

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Conclusion

            Dans tous les domaines de la culture rwandaise, la vache a apposé son sceau et elle est un membre à part entière de ce qu'Edouard Gasarabwe a appelé "une civilisation agro-pastorale". Aujourd'hui encore, l'importance des vaches transcende leur fonction économique en s'associant d'une valeur symbolique complexe qui échappe souvent à la compréhension d'un étranger. La présence des vaches dans le langage, les cérémonies et les discours en leur honneur, les coutumes et les interdits qui leur sont liés et le désir qu'elles continuent d'inspirer chez les Rwandais de tous âges semblent garantir la pérennité de leur intégration.

            La race ankole semble avoir été gratifiée par Imana (Dieu) de toutes les qualités : force, beauté, élégance, robustesse… il ne lui manque qu'une chose : l'utilité. La vache ankole est un animal superbe et fascinant mais son utilité est discutable. Les ankole ne sont pas assez rentables économiquement et l'on se prépare lentement à « diminuer leur nombre jusqu’à 13 % ». En quelques années les vaches croisées se sont multipliées, à tel point qu'il est difficile de trouver des ankole dans la région de Kigali, et les vaches croisées de troisième génération développées par l'ISAR, qui promettent d'être les vaches rwandaises de l'avenir, n'ont que 12,5% de sang ankole.

Naturellement, après trois croisements avec des espèces exotiques, il ne reste plus rien des cornes, ces cornes magnifiques qui font la fierté des propriétaires, des vachers et des marchands. En un sens Jack, l'enfant de Nyagatare, avait raison : les cornes des ankole leurs servaient à se battre, à se défendre contre les prédateurs. A présent que l'homme les a domestiquées, leurs cornes n'ont plus de raison d'être, au même titre que les défenses de l'éléphant ou la corne du rhinocéros : il n'est pas sans intérêt de remarquer que tous les animaux que la nature avait pourvus de cornes sont en voie de disparition.

            Nul ne saurait reprocher aux Rwandais d'agir en vue d'une augmentation de la production de lait : elle est nécessaire à l'alimentation de la population. Mais les Rwandais peuvent songer que dans dix ou vingt ans la race ankole sera éteinte.

            M. Zimulinda, au début d'une conversation sur la production de lait des vaches rwandaises, a employé une expression singulière : "Il faut changer les mentalités". Il voulait dire que les éleveurs, attachés viscéralement à leurs animaux, ne prenaient pas assez au sérieux la nécessité de réformer l'élevage pour augmenter la production.

            Peu après, l'idée de la probabilité d'une extinction de l'espèce ankole m'a effleuré et j'en ai fait part à M. Zimulinda. Il m'a répondu que c'était impossible, qu'il restait des centaines de milliers d'ankole. La conversation est passée à un autre sujet mais quelques minutes plus tard M. Zimulinda est revenu à cette idée d'une extinction de l'espèce. Nous avons cherché des arguments susceptibles de la contredire, mais avons été contraints de convenir de sa pertinence.
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Marchands de bétail au marché de Mbare

Posté par Cincinnatus à 20:29 - Commentaires [0]

  Remerciements


Je remercie de tout mon cœur

            M. Justin Zimulinda, vétérinaire de Nyagatare, qui m'a ouvert les bras et m'a donné les éléments qui m'ont permis de vraiment commencer ma recherche,

            M. Jules Mutabazi, de l'ISAR de Nyagatare, qui m'a beaucoup aidé et m'a permis d'avancer avec plus d'assurance,

            M. Antoine Bushayija-Bugabo, historien à Kigali et à Paris-I, qui m'a donné le recul historique nécessaire à la compréhension du présent mais aussi des informations précises et nuancées sur les différents aspects de la culture rwandaise,

            M. Nubuhoro Nkundakozera, directeur du Centre d'Amélioration Génétique de l'ISAR à Songa, qui m'a accueilli chaleureusement, avec qui j'ai passé d'excellents moments et qui m'a permis de voir plus clair dans l'avenir des vaches rwandaises,

            Le docteur Alphonse, directeur de l'Elevage au Ministère de l'Agriculture rwandais, qui m'a aidé à comprendre les réalités de l'élevage bovin dans l'ensemble du Rwanda,

            Daniel, maître-arpenteur du Ministère de l'Agriculture, et Jean-Paul son vétérinaire, qui m'ont permis de rencontrer les vachers de Gishwati,

            M. Jean Ruboneka, mon premier contact sans lequel rien n'eût été possible,

            M. Emmanuel Ngabire, étudiant à l'université de Butare, dont la grande connaissance de la culture rwandaise m'a été d'un grand secours,

            mes parents, qui m'ont fait confiance,

            la fondation Zellidja, dont j'admire la générosité malgré tout,

           Mais aussi et surtout tous les Rwandais que j'ai pu rencontrer au cours de mon voyage et dont l'aide fut souvent précieuse mais que je ne peux pas tous nommer : Parfait Ndori, Willy Nkurunziza, Elie Niyigena, Jean-Baptiste Sesonga, Innocent Nzeyimana, le fils du propriétaire de l'hôtel Gloria, Elysée, les vachers de Gishwati, Pélagie, Agnès, Jules, Innocent Kamali, Anastase, Théoneste, Jimmy, Epimaque, François, Jean-Baptiste, Alexis, Peter, Augustin Kanimba, Faustin, Paulin et Raymond, Jean-Paul Munyaneza.

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Table des matières


Introduction                                                                                 

Préambule historique                                                                

I. Pratique de l'élevage       


           1. Les vaches : généralités
                                                      

2. Les propriétaires                                                                    

-         Qui sont-ils ?

-         Combien de vaches ?

-         Le propriétaire s’occupe-t-il de ses vache ?

3. Les vachers                                                                              

-         La fonction des vachers

-         La vie des vachers

            4. Les soins donnés aux vaches                                           

-         La nourriture

-         Les soins sanitaires

            5. Amazina y'inka : les noms des vaches                            

-         Noms communs

-         Noms propres


II. La valeur des vaches

1. La valeur économique                                                          

-         Le prix d’une vache

-         L’élevage est-il rentable

            2. La vache comme volonté et comme représentation     

-         Une valeur affective caduque ?

-         La mort de la vache

            3. La beauté de la vache                                                            

-         Les cornes

-         Les inyambo

-         Inka nziza : une « élégance d’ensemble »


III. La culture de dix millions de Rwandais


                        1. Les bovins en kinyarwanda
                                                

-         Le langage courant

-         Les proverbes

            2. La dot : inkwano                                                                      

-         La pratique de la dot

-         Une vache comme dot

-         La vache comme cadeau

            3. Les interdits : imiziro                                                             

-         Le nombre de vaches

-         Les interdits alimentaires

            4. Les femmes et les vaches                                                    

            5. La religion et les vaches                                                       

-         Vaches rwandaises et vaches indiennes

-         Le christianisme et les vaches

6. La poésie pastorale                                                               

-         Les chants des vachers

-         L’Agrishow


IV. Pratique de l'élevage


            1. Le manque de terres   
                                                          

-         Les pâturages et les hommes

-         La nécessaire modernisation de l’élevage

            2. Les produits de l'élevage bovin                                          

-         Le lait

-         Les produits secondaires

            3. Le programme d'amélioration génétique bovine            

-         Les ankole et les exotiques

-         L’amélioration génétique

Conclusion               

                                                                   

Remerciements

Table des matières

Si une personne mentionnée dans ce rapport désire que son nom n’apparaisse pas, je lui saurais gré de me le faire savoir par commentaire afin que je puisse intervenir aussi vite que possible.

© Antoine Torrens - Reproduction autorisée avec mention d'origine

Posté par Cincinnatus à 20:33 - Commentaires [0]